Classement mondial des meilleures écoles d’animation : la France en tête
Par Sophie de Tarlé
• Mis à jour le 01/08/2017
L’École des Gobelins à Paris arrive première au classement mondial des meilleures écoles d’animation .
CLASSEMENT – Le site américain Animation Career review publie le classement 2017 des meilleures écoles d’animation. Les écoles françaises occupent le haut de ce palmarès.
GOBELINS : présente sur tous les métiers de l’image !
Cocorico! Quatre écoles d’animation françaises figurent dans le top 10 des meilleures écoles d’animation mondiales publié par le site américain Animationcareerreview.com.
? Parmi les dix premières mondiales, figurent: les Gobelins (1ère) à Paris, Rubika (4ème) à Valenciennes, Mopa (7ème) à Arles, l’Esma à Nantes, Toulouse, Montpellier (10 ème).
Parmi les 25 mondiales figurent également: Créapole (21 ème), l’Ecole Méliès (22 ème), l’Ecole Emile Cohl (25 ème),
Les Gobelins reçoivent désormais 50 inscriptions par jour d’étudiants étrangers
Oktapodi (2007) – Oscar 2009 Animated Short Film 4 985 799 vues
«C’est une excellente nouvelle pour les Gobelins et pour toutes les écoles françaises distinguées par ce classement», se félicite Moïra Marguin, responsable du département cinéma d’animation aux Gobelins et vice-présidente du RECA (Réseau des écoles françaises des cinéma d’animation) qui fédère 25 écoles du secteur. «Cette distinction à l’international va attirer davantage d’entreprises partenaires», ajoute t-elle.
1 ère: les Gobelins, Paris
Ecole de la chambre de commerce de Paris, les Gobelins méritent bien sa place en haut du podium. C’est la plus ancienne école d’animation française puisque son département a été créé en 1975. Maintes fois représentées lors des concours internationaux, ses anciens travaillent dans les studios les plus prestigieux. Kristof Ferrand, qui faisait partie des premières promotions, est le directeur de l’animation chez Dreamworks en Californie.
MEMO | Animation Short Film 2017 – GOBELINS
La sélection est féroce aux Gobelins qui forme l’élite de l’animation: 25 places sont offertes chaque année.
4 ème: Rubika, Valenciennes, Pune (Inde).
Créée par la chambre de commerce du Nord pour redynamiser une région industrielle en difficulté, Rubika (ex-Supinfocom) est une école de design en cinq ans avec trois départements: l’animation, le jeu vidéo et le design. L’école a inauguré en 2011 un gigantesque campus en Inde, grâce à un partenariat avec un milliardaire indien. En 2016, elle débarquera au Canada, à Montréal. En 2015, deux films de fin d’études avaient gagné l’International digital animation festival de Nagoya au Japon. A noter que l’École est arrivée première du classement des meilleures écoles du jeu vidéo du Figaro Etudiant.
En 2015, Waterlily, un film réalisé par des étudiants de Rubika, a été primé à Nagoya au Japon.
7 ème: Mopa, Arles
Créée en 2000 par la Chambre de commerce, Supinfocom est au départ la petite soeur de Supinfocom Valenciennes, créée en 1998, devenue par la suite Rubika. En 2015, Supinfocom devient indépendante et change de nom pour devenir Mopa. L’école arlésienne s’est fait connaître pour ses nombreuses récompensées raflées lors de compétitions internationales. Elle bénéficie d’un appui solide des entreprises de la région et d’une bonne notoriété à l’étranger.
10 ème: l’Esma, Montpellier, Toulouse, Nantes
Cette école d’arts appliqués créée il y a 20 ans à Montpellier s’est rapidement fait connaître des professionnels du secteur. Elle propose des classes de mises à niveau, des BTS et un cycle professionnel en cinéma d’animation (niveau 2 au RNCP, soit bac +3-4). Moins connue que les deux précédentes, ses anciens travaillent dans des studios réputés à l’étranger. Le films «Sweet cocoon» réalisé par des élèves de l’école a été projeté durant la cérémonie des cours métrages des Oscars 2014.
OKTAPODI, des étudiants des gobelins aux oscars (1/2)
Les Gobelins La French Touch de l’animation
Par Nathalie Silbert Photographe: Yannick Labrouss
LES ECHOS WEEK-END | LE 26/02/2016
«Moi, moche et méchant”, «Les Minions», «Astérix, le domaine des Dieux”, c’est eux, les anciens élèves des Gobelins! Depuis les années 2000, l’école a acquis une réputation mondiale dans le film d’animation et les plus grands studios viennent y faire leurs courses. Un statut à maintenir face à l’arrivée de concurrents motivés.
Nommé à la 41e cérémonie des Césars de ce vendredi, dans la catégorie animation, le long-métrage Adama, le monde des souffles décrochera-t-il le trophée? «Ce serait une vraie reconnaissance du film d’auteur en animation que je défends”, lâche Simon Rouby, 35 ans, le réalisateur du film. Une consécration au pour l’école de l’image des Gobelins, dont il avoue être un «pur produit». Depuis la création d’un César de l’animation en 2011, c’est la deuxième fois que l’établissement a le plaisir de voir un de ses anciens élèves dans la sélection. Il y a quatre ans, Eric Bergeron avait été nommé pour Un monstre à Paris. Le film, au budget supérieur à 20 millions d’euros, racontait la romance entre une puce géante et une chanteuse de cabaret à laquelle Vanessa Paradis prêtait sa voix.
Les Gobelins ont acquis au fil des années une réputation de formation très pointue. Fin 2015, le site américain «Animation Career Review» a même désigné l’établissement meilleure école d’animation au monde, devant les canadiens, indiens ou britanniques. Un joli coup de chapeau, même si ce classement ne tient pas compte des écoles aux Etats-Unis.
OKTAPODI, des étudiants des gobelins aux oscars (2/2)
De ses rangs sont sortis, il est vrai, une kyrielle de grands noms mondiaux du dessin animé. Parmi eux, Pierre Coffin, coréalisateur des succès mondiaux Moi, moche et méchant et Les Minions – nommé pour les Oscars 2016. Mais aussi Louis Clichy, coréalisateur de Astérix, le domaine des Dieux, passé par Pixar sur des productions comme Ratatouille ou Là-haut. Eric Bergeron qui a travaillé pour plusieurs grands studios aux Etats-Unis, tels la Fox, Walt Disney Animation et DreamWorks. Ou encore Kristof Serrand, arrivé en 1994 chez DreamWorks et depuis des années directeur de l’animation de la société de production dirigée par Jeffrey Katzenberg. Animateur sur la saga Dragons, superviseur sur The Croods, cet ancien de la promotion 1981 a largement contribué au rayonnement de la «French Touch» à Hollywood, faisant régulièrement son marché dans son ancienne école: «Actuellement les anciens Gobelins sont plus de 20 chez DreamWorks. A une époque, ils étaient 30 ou 35″, dit-il. Ce lien fort, raconte-t-il, il l’a cultivé très tôt, chez Gaumont d’abord puis chez Amblimation, le premier studio créé par Steven Spielberg à Londres à la fin des années 80. Lorsque la société a fermé, Serrand a suivi Spielberg, qui créait dans la foulée DreamWorks avec Jeffrey Katzenberg et a embarqué avec lui, à Glendale en Californie, une bande d’anciens des Gobelins.
Tout commence avec Astérix
Comment l’école, fondée en 1963 pour former aux métiers de la photo, s’est-elle hissée à ce niveau d’excellence reconnu mondialement dans l’animation? L’aventure a commencé au début des années 70, lorsqu’Albert Uderzo et René Goscinny, portés par le succès de leurs bandes dessinés, décident d’adapter Astérix et Obélix au cinéma, sous la forme d’un dessin animé. Las, les compétences manquent sur le marché français. «A l’époque les gens se formaient sur le tas”, rappelle Moïra Marguin, la responsable du département cinéma d’animation de l’école. En mal de talents pour monter leur projet, Uderzo et Goscinny, qui ont leur propre société de production, les Studios IdéFix, se tournent vers la Chambre de commerce et d’industrie de Paris-Ile de France (CCIP) qui accepte de soutenir la création d’une section animation aux Gobelins. Il reviendra à Pierre Ayma, alors professeur de physique optique au sein de la section photo de l’école, de mettre sur pied le département. La première promotion sort en 1974 – cinq diplômés. Pendant des années, les Gobelins vont régner, sans partage, sur la formation française à l’animation.
A partir des années 80, l’école profite de l’expansion de la filière, largement favorisée par le soutien des pouvoirs publics qui ont décidé de créer une industrie nationale pour contrer la vague de Goldorak et autres dessins animés japonais qui envahissent les écrans. Une réussite: la France est aujourd’hui le troisième producteur d’animation au niveau mondial, après les Etats-unis et le Japon, avec de très beaux succès à l’export pour des longs-métrages comme Le Petit prince – plus de 12,5 millions d’entrées à l’étranger – Minuscule ou Arthur et les Minimoys de Luc Besson. L’industrie et ses 5000 salariés travaillent aussi pour le petit écran, auquel elle a fourni 260 heures en 2014 avec un coût horaire de production de 68500 euros pour la télévision. «L’école des Gobelins a commencé à être reconnue à partir de 1989, lorsque le monde de l’animation s’est rendu compte que c’étaient des anciens des Gobelins qui travaillaient pour Disney sur «La Belle et la Bête»”, raconte Kristof Serrand.
«Oktapodi” nommé aux Oscars 2007
A l’écouter, un personnage a ensuite joué un rôle essentiel dans l’image de marque de l’école: Eric Riewer, un natif d’Hollywood qui a dirigé le département animation à partir de 1998, puis les relations internationales de l’école lorsque le poste a été créé en 2006… «Il a beaucoup contribué à la nomination aux Oscars du court-métrage de fin d’études «Oktapodi» en 2007», poursuit Kristof Serrand. A l’origine la réputation de l’école s’est forgée sur les techniques traditionnelles du dessin animé. Si ce savoir-faire 2D reste la marque de fabrique, l’établissement a dû faire entrer les nouvelles technologies dans son enseignement, en particulier la 3D numérique pour coller aux besoins de l’industrie. «C’est cette double culture 2D et 3D qui donne aux Gobelins son super statut», estime Simon Rouby
Installés dans un immeuble en briques du XIIIe arrondissement parisien, les Gobelins fonctionnent comme une grande école. La sélection pour intégrer la section Animation est draconienne. Forte de son prestige, elle attire entre 600 et 700 candidats à son concours d’entrée chaque année, pour 25 à 30 élus. Ceux qui y accèdent après le bac sont peu nombreux. La majorité a suivi une, voire deux ou trois autres formations avant de présenter le concours. Maya, en seconde année, est ainsi passée par Méliès avant de le tenter et «appartenir à la crème de ceux qui font du dessin 2D» – dans le jargon, la 2D désigne le dessin animé. Mathilde, elle, était passée par l’Atelier de Sèvres et par un établissement spécialisé dans la 3D. «L’école s’offre le luxe de prendre des étudiants qui sont déjà formés et qui sont tous d’excellents dessinateurs», observe Simon Rouby. «Ils doivent de plus avoir un très bon niveau de culture générale», ajoute Xavier Picard, lui aussi réalisateur, ancien intervenant à l’école. Lorsqu’on demande aux différentes promotions à quoi tient la valeur du programme, tous répondent: son corps enseignant, immergé dans le monde professionnel. «C’est un cursus moderne et très pratique, explique Augustin Clermont, aujourd’hui «animateur» chez Illumination Mac Guff. La plupart des intervenants travaillent dans des studios. Du coup, ils sont capables de répondre à toutes nos questions, et nous apprennent aussi leurs astuces.»
Le résultat, c’est que «les étudiants sont très au fait du métier», renchérit Kristof Serrand, qui anime régulièrement des master class. Une expertise qui coûte cher: 7000 euros annuels pour un cursus de quatre ans. Ce que regrette Kristof Serrand: «Cela ferme les portes à des gens qui ont du talent», rappelant qu’à son époque, «c’était gratuit et il n’y avait pas besoin d’avoir le bac.» Mais le jeu en vaut la chandelle. A la fin de leur scolarité, les étudiants peuvent mesurer l’engouement que suscite leur savoir-faire: présents dans le jury de fin d’année qui évalue les travaux présentés par les futurs diplômés au Festival international du film d’animation d’Annecy, les studios du monde entier viennent repérer – et pourquoi pas embaucher – les talents les plus prometteurs. Au terme de leur parcours, quasiment tous les étudiants décrochent du travail.
Une fois leur diplôme en poche, ils obtiennent un contrat d’«animateur» – pour plus de la moitié d’entre eux -, certains deviennent directeurs artistiques, «coloristes», «storyboarder», «lay out men» (chargés des décors), ou encore réalisateurs. Une partie des diplômés sont salariés d’un studio. D’autres travaillent en free lance, passant d’un projet à un autre. Quelques-uns, plus rares, se sont constitués en collectif. «Un peu plus d’un tiers des élèves part à l’étranger en sortant», précise Moïra Marguin, responsable du département cinéma d’animation. On les trouve partout dans le monde, en France chez Illumination Mac Guff, par exemple, dans les studios de création anglais – Framestore, Passion Picture, etc. – et chez les plus grands américains, DreamWorks ou Pixar.
Et comme dans toutes les grandes écoles, le réseau d’anciens est très actif. Dès qu’un projet se monte, l’école transmet à ses anciens les offres de postes. Les ex-Gobelins se cooptent également pour réaliser un film, une série ou une publicité. Sur Adama, sur la cinquantaine de personnes constituant l’équipe du film, un quart était des alumni.
L’école a fait des émules, souvent plus spécialisés dans la 3D. Très dynamiques, certaines de ces nouvelles écoles font désormais autorité. Parmi elles, Supinfocom Rubika à Valenciennes, l’Esma à Montpellier, ou Emile-Cohl à Lyon, pour n’en citer que quelques-unes, sont aussi des viviers pour le monde entier. Ce qui fait dire à certains qu’«aujourd’hui, on ne jure plus comme autrefois que par les Gobelins, l’écart avec les autres écoles se resserre». D’autres vont plus loin, estimant que«l’école vit un peu sur ses acquis et pourrait avoir plus d’ambitions».
Arrivée en novembre dernier à la tête de l’établissement qui dispense une formation initiale dans six filières (animation, photo, design interactif, design graphique, vidéo et communication imprimée) et de la formation continue, Nathalie Berriat est prête à relever le gant. Son objectif est de «mettre l’école en ordre de marche dans son positionnement licence-master afin qu’elle soit dans la norme internationale», confie-t-elle. Ce qui passe par une plus grande ouverture sur le monde. En plus des partenariats déjà en oeuvre avec le prestigieux Institut des Arts de Californie (CalArts) et des établissements de référence en Allemagne, en Grande-Bretagne ou au Danemark, l’école devrait ainsi s’ouvrir aux étudiants étrangers en leur proposant des cursus en anglais – master of arts, licence en animation 3D.
Le projet de Nathalie Berriat est aussi d’intégrer plus de numérique dans la pédagogie, grâce aux Mooc, au e-learning. Alors qu’elle vise 900 étudiants en formation initiale à la rentrée prochaine, contre 757 cette année, son ambition est surtout de hisser toutes les disciplines au même niveau d’excellence que l’animation. «On a besoin de faire rayonner davantage des sections comme le design interactif et graphique, la communication imprimée», déclare-elle. La section photo marche déjà particulièrement bien. Major de la promotion 2014, Laura Bonnefous, aujourd’hui à moitié free lance pour des agences, à moitié dédiée à son travail d’auteur, le confirme: «L’école est gage de qualité. Dans ma promotion on a tous trouvé du travail à la sortie.” En attendant, aux Gobelins ce soir, tout le monde retiendra son souffle, croisant les doigts pour Simon Rouby. Avec déjà en tête une question: à quand un Oscar?
Quatre françaises dans le Top 10 mondial
Tous les classements le confirment. A côté de la prestigieuse CalArts de Californie – surnommée le Harvard de l’animation – fondée en 1961, et du SCAD (Savannah College of Art and Design), en Géorgie, créé en 1978, plusieurs écoles hexagonales appartiennent à l’élite mondiale. Les Gobelins arrivent en tête du classement 2015 des meilleures formations non-américaines réalisé par le site Animation Career Review. Supinfocom Ribuka, implantée à Valenciennes, en Arles et en Inde, arrive quatrième. L’Esma (Ecole supérieure des métiers artistiques), avec des locaux à Nantes, Toulouse et Montpellier, décroche le septième rang; Créapole, la dixième. Le Canada place trois établissements dans le Top 10: la Vancouver Film School (2e), le Sheridan College (3e) et le Vancouver Institute of Media Arts (8e).




